Still Life: An Ongoing Story

27.0923.11.19

 

 

 

(Français en bas de la page)

 

We are pleased to present this group exhibition which has been a priority project for the gallery for some time.

The theme of Still Life, from Antiquity to the present, primarily involves assembling or presenting objects in compositions that intensify their symbolic meanings. This symbolic dimension of objects was first religious in the Middle Ages (but this category is not recognized by some), then became philosophical, secular and cultural when the genre was developed in 17th century in the Netherlands, in the pomp of the time and the accumulation of decorative objects. At that time, it reflects the abundance and prosperity of this period. 

Religious morality was gradually diluted in the evolution of morals, progress and enthusiasm for science, discoveries (especially botanical) from overseas exploration and their scientific illustrations. Artists became reconciled with Nature and objects in themselves, and then the aesthetic preoccupation gradually took over. Nevertheless, the genre has long been considered a minor one.
According to Margit Rowell*, the domestic content of the still life caused the genre to be relegated to the bottom of the ladder, similar to "women's work," mainly because it portrays content and spaces considered to fall within feminine matters, this argument being sufficient for it to be judged unworthy of interest. This gives special meaning to how women artists revisited the genre in the course of history.
Despite these reductive considerations, the still life has remained attractive to artists of all times and movements, probably because it contains specific qualities, such as the highly revealing scope of these objects of a specific time and society, and the relationship that society has with these objects.

"The process of selection is traditionally influenced by the role certain objects play in the context of a given society. Although the objects are relatively generic, as subjects they are not timeless; their choice is dictated by their place, be it passive or aggressive, in a historical and cultural fabric. (…)
These works (like all artworks) do not depict the real or the natural but are cultural signifiers, and the codes by which they operate are not spontaneously invented and reinvented but ideologically determined, not personal to the artist but strategically symbolic of the priorities and desires of a given society at a given time.*

This can be seen quite clearly from the genre's beginnings, when artists worked mainly on orders placed by the bourgeoisie. From the 20th century, the avant-gardes complicated this relationship to the object by distancing themselves from bourgeois values and sponsors, by introducing their own narrative and their personal relationship to objects. It was still a reflection of a social structure, but the place of artists in this structure and thus their viewpoint had changed. Since the still life was not subject to as many aspirations as other more highly valued genres (portraiture, landscape or history painting), it became the perfect tool for contemporary expression of these avant-gardes in search of freedom.

"This narrowly circumscribed genre has to this day been locked into a definition (or rather a perception) based on its lowest common denominator, the inanimate commonplace object, and yet, precisely because of this consistent and presumably unadventurous subject matter, the still life has lent itself to all manner of adventurous visual interpretation.*

Since the still life achieved its recognition over the course of history, it seems that precisely its classical and respectable aspect, a reflection of a past time, arouses the interest of artists who can revisit it today carrying the baggage of the 20th century’s formal deconstruction.

While integrating the works of these different periods, however, we never have a feeling that time jumps back and forth. Rather, we feel able to visualize this secular genre and retrace it as a path without discontinuities, as an ideal and natural way of reading the history inside History. A history of objects, but more than anything a history of our relationships with objects and thus the economic, political and aesthetic issues that underpin them.

Margit Rowell"Objects of Desire: The Modern Still Life" The Museum of Modern Art, 1997.

 

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Nous avons le plaisir de présenter cette exposition collective dont le projet tenait à cœur à la galerie depuis longtemps.

Le thème de la Nature Morte, de l’Antiquité à nos jours, a pour caractère primordial l’assemblage ou la présentation d’objets, dans des compositions qui en intensifient la portée symbolique. Cette dimension symbolique des objets fût d’abord religieuse au Moyen Age (même si certains ne reconnaissent pas cette catégorie), puis devient philosophique, profane et culturelle lorsque le genre se développe au 17aux Pays-Bas dans le faste de l’époque et l’accumulation décorative des objets. Il reflète alors l’abondance et la prospérité de cette période.

La morale religieuse est peu à peu diluée dans l’évolution des mœurs, le progrès et l’engouement pour les sciences, les découvertes de voyages (notamment botaniques) et leurs illustrations scientifiques. Les artistes se réconcilient avec la Nature et les objets pour eux-mêmes, puis la préoccupation esthétique prend petit à petit le dessus. Le genre reste malgré tout et pour longtemps considéré comme mineur.
Selon Margit Rowell*, c’est le contenu domestique des natures mortes qui a relégué le genre au bas de l’échelle, l’apparentant à un « travail de femmes », principalement du fait qu’il dépeint des contenus et des espaces relevant de préoccupations considérées comme féminines, cet argument suffisant à le juger indigne d’intérêt. Cet élément donne un sens tout particulier à la façon dont les artistes femmes revisiteront le genre au cours de l’histoire.
Malgré ces considérations réductrices, la nature morte a su conserver son attrait pour les artistes de tous temps et tous courants, probablement parce qu’elle recèle des qualités spécifiques, comme par exemple la portée hautement révélatrice qu’ont ces objets d’un temps et d’une société donnée, et de la relation qu’entretient cette société avec ces objets.

« Le processus de sélection est traditionnellement influencé par le rôle que certains objets jouent dans le contexte d’une société donnée. Bien que les objets soient relativement génériques, en tant que sujets ils ne sont pas hors du temps : leur choix est dicté par leur place (…) dans un tissu culturel et historique. (…) Ces œuvres (comme toutes les œuvres) ne dépeignent pas le réel ou le naturel mais sont des signifiants culturels, et les codes par lesquels ils opèrent ne sont pas inventés ni réinventés spontanément mais sont idéologiquement déterminés, non pas personnels aux artistes mais stratégiquement symboliques des priorités et des désirs d’une société donnée, à une période donnée. » *

On voit cela très clairement dès les débuts, quand les artistes travaillaient majoritairement sur commande de la bourgeoisie. À partir du 20es., les avant-gardes vont complexifier ce rapport à l’objet en se distanciant des valeurs bourgeoises et des commanditaires, en introduisant leur propre narration et leur rapport personnel aux objets. Il s’agit alors toujours du reflet d’une structure sociale mais c’est la place des artistes dans cette structure et donc leur point de vue qui a changé. C’est parce que la nature morte n’était pas investie d’autant d’aspirations que d’autres genres plus valorisés (portrait, paysage ou peinture d’histoire), qu’elle est devenue le parfait outil d’expression contemporaine de ces avant-gardes en quête de liberté.

« Ce genre trop étroitement circonscrit a jusqu’aujourd’hui été enfermé dans une définition (ou une perception) basée sur son dénominateur le plus basique, l’objet ordinaire inanimé, et cependant, précisément à cause de cette présumée banalité du sujet, la nature morte s’est prêtée à toutes les plus audacieuses interprétations visuelles. »*

La nature morte ayant gagné ses lettres de noblesse au fil de l’Histoire, il semble que ce soit justement son aspect classique et respectable, reflet d’un autre temps, qui suscite aujourd’hui l’intérêt des artistes, qui peuvent la revisiter munis du bagage de la déconstruction formelle du 20s.

En faisant cohabiter des travaux de ces différentes périodes, on n’a pourtant jamais la sensation de sauts dans le temps ni d’allers-retours.
On aurait plutôt le sentiment de pouvoir visualiser ce genre séculaire et le retracer comme un chemin sans discontinuité, tel une voie de lecture idéale et naturelle de l’histoire à l’intérieur de l’Histoire.
Une histoire des objets, mais surtout une histoire de notre rapport aux objets et par-là des enjeux économico-politico-esthétiques qu’ils sous-tendent.

Margit Rowell, « Objects of Desire : The Modern Still Life » The Museum of Modern Art, 1997.